28 ans : mais pourquoi diable faire des enfants ? | Atlantico.fr

Erreur, illusion, vanité… peut-on objecter à l’instar du général thébain Épaminondas. Ce célibataire invétéré venait de triompher à Leuctres des armées spartiates lorsqu’un de ses amis, Pélopidas, lui reprocha pourtant de faire tort à sa patrie en ne laissant pas d’enfants. Épaminondas répliqua vertement qu’il préférait ne pas laisser d’enfants que d’en laisser du genre de celui de Pélopidas, totalement dépravé. Mais il ajouta ensuite : « Et comment ma famille s’éteindraitelle avec moi ? Je laisse pour fille la bataille de Leuctres qui me survivra. C’est trop peu dire : à qui l’immortalité est assurée1. » La parentalité représente donc à ses yeux une immortalité encore fruste. Les hommes d’élite préféreront, tel Achille, la vie courte mais glorieuse du héros à une vie longue, entourée d’enfants, mais anonyme et banale.

Les Anciens – Quand Aristote écrit, dans la Politique, que la famille est la première communauté humaine, il ne cherche pas à donner une raison de faire des enfants ; il constate un fait biologique : c’est la condition d’existence pour toute espèce animale. Mais, pour l’homme, la biologie ne suffit pas. C’est pourquoi, au-delà de l’instinct de reproduction, il lui faut aussi des motifs. Et Aristote évoque ceux qui sont les plus courants dans une société traditionnelle. Il y a d’abord celui de « l’assurance vieillesse » : les peuvent espérer que les soins donnés aux enfants leur seront rendus quand, l’âge venant, le besoin s’en fera sentir. Mais, plus profondément, les enfants sont une sorte d’« assurance-vie », car la perspective d’une postérité offre le moyen d’atténuer un peu l’angoisse de la mort. La continuité du nom, la ressemblance parents/enfants, la succession et l’héritage… autant d’éléments qui permettent à l’individu éphémère de se rapprocher du cycle éternel de la nature. Ainsi quelque chose de nous restera…

D’où la tentation constante d’une délocalisation éducative : en , école, club,centres, et autres lieux d’activités… dont on dénoncera d’autant plus facilement l’incurie qu’on leur a donné pleins pouvoirs. Étrange situation : d’un côté, on constate un formidable brouillage des rôles, produit à la fois par la dynamique de l’égalité (qui homogénéise les rôles parentaux et atténue la hiérarchie domestique) et par le triomphe de l’affection familiale (qui a remplacé la loi du pater familias). D’un autre côté, on perçoit pourtant une valorisation de la fonction parentale, gage d’accomplissement personnel, voire de salut. C’est ainsi que la naissance du premier enfant représente, pour la majorité des Français, le moment le plus marquant de l’existence. Brouillage, d’un côté ; valorisation, de l’autre. Pour interpréter l’ambivalence de cette expérience (qui en France arrive à 28,4 ans en moyenne !) il convient de prendre un peu de recul en tentant un inventaire raisonné des grandes réponses à cette question simple : « Pourquoi fait-on des enfants ? »

Le métier de parent ne va plus de soi. Pour l’exercer, on a le sentiment qu’il faudrait idéalement, outre quelques enfants, trois doctorats de psychologie, une bonne dizaine de diplômes en sciences de l’éducation, un internat de médecine, un brevet d’animateur, sans même parler des compétences fondamentales de puériculture. Et même avec tout cela, la réussite ne serait pas assurée ; car sans une dose de bon sens et faute de ce temps désormais si rare, toutes ces compétences savantes ne servent à rien.

Les étapes de la vie, jadis bien définies, sont aujourd’hui devenues confuses et désordonnées. Peut-on espérer y remettre un peu de bon sens ? Extrait de « Petit almanach du sens de la vie » (1/2).

 

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