Ce métier, je l’aime. Je l’ai choisi.

Une fois n’est pas coutume, PeAZ vous propose un témoignage de professionnelle. 
Une tribune pour exprimer ses convictions, son ressenti, la reconnaissance attendue.

Ce métier, je l’aime. Je l’ai choisi. Je l’aime dans le sens où il me mobilise entièrement – corporellement et psychiquement et intérieurement.
Éducatrice de jeunes enfants est, à mon sens, un métier qui fait marcher ensemble mon intelligence émotionnelle (livre GOLEMAN), mes cordes vibratoires (celles du ventre) et mon 3ème œil (celui qui nous pousse au fur et à mesure de notre expérience).
On nous dit souvent « d’être pro », de rester professionnel, de tenir la (bonne – selon Winnicott ? ) distance mais est-ce possible ? Avec les moins de 3 ans ? Dans ce corps à corps permanent ? Dans des espaces confinées – parfois restreints ?
Le temps de s’approprier tous les mouvements et les situations complexes au quotidien, manque cruellement. Le temps de « digérer » pour parler dans le langage pipi caca (!) des transmissions.
Certes ma sensibilité personnelle accentue cette sensation de tourbillon – mais je pense que c’est une réalité. Quel professionnel de terrain ne l’a pas ressenti au moins une fois dans sa carrière ou juste dans sa journée de travail ?
Alors soit on pédale très vite pour ne pas se rendre compte du chemin escarpé, soit on reste sur le bas côté en se demandant quel chemin emprunter.
Quel choix avons nous devant un jeune enfant, à votre avis ?
J’ai pris du recul sur ce tourbillon de vie(s) – plusieurs parcours, plusieurs histoires de familles et toujours la même réponse : l’accueil.
Je suis toujours et encore admiratrice de ces championnes (encore très peu d’hommes dans ce métier – donc cette fois-ci le féminin l’emportera sur le masculin) de l’acceptation. Elles prennent tout ce qui vient à bras le corps.
Fiche de poste : contenir un groupe d’enfants, mettre en mots le monde environnant, établir la connexion verbale entre le parent et son tout petit, savoir communiquer dans tous les sens (familles, équipe, à hauteur, au sol, en portage …), incarner le cadre, prendre part à ces vies, insuffler de l’énergie, et parfois du calme… savant mélange!
Qualités recherchées : constance & consistance, curiosité, œil aiguisé et aguerri, accepter de se tromper
Je sentais qu’en tant que directrice que je faisais rempart :
 – contre les exigences et contraintes réglementaires qui vont parfois à l’encontre de l’expérience offerte aux enfants. L’intérêt sanitaire VS celui éducatif ?
 – contre les empêcheurs, les parents qui sous traitent l’éducation de leur progéniture, en renvoyant à la structure sans cesse ses défaillances.
 – contre les rôles affectifs que nous devons endosser pour que l’adaptation se fasse.
 – contre le manque de temps.
En effet, avons nous bien conscience du temps qu’il faut pour faire les choses en étant centré et concentré, du temps que prennent les choses pour qu’un enfant les vive puis les absorbe (pour reprendre Maria M.) ?
Et, dans tout cela, nous nous devons d’être « exemplaire » (je suis d’accord avec C. Alvarez lorsqu’elle dit que montrer l’exemple à un enfant est primordial et ne coûte rien). N’est ce pas notre rôle d’être dans l’empathie et la patience en tant qu’adulte auprès de l’enfant ?
Ayons conscience de la grandeur de notre métier et de la puissance de notre implication dans tous les lieux de vie (et non simples modes de garde).
Seulement faut-il nous en donner la possibilité… (article écrit à la suite du visionnaire du reportage sur la réalité des crèches privées) en nous respectant en tant que personne à part entière et professionnel dans sa particularité, en ayant des espaces doux pour se poser et se restaurer.

E. , éducatrice de jeunes enfants

Cyrille Godfroy

Éducateur de Jeunes Enfants, Coordinateur Petite Enfance d'une collectivité

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