Le secteur petite enfance indispensable face à la crise du covid19

Le contexte actuel montre que, sans le secteur de la petite enfance, le pays ne tourne pas rond.

Les décisions prises par le gouvernement de laisser ouvertes micro-crèches, EAJE pour personnels prioritaires face à la crise du covid-19 montrent le rôle essentiel de ce secteur.

Comme pour le personnel hospitalier qui se bat depuis des mois, qui s’est fait maltraiter pendant les grèves, le personnel petite enfance (crèches, assistantes maternelles) est sous-payé. On recherche la sous-qualification pour payer encore moins les femmes (très majoritaires) qui travaillent dans ce secteur. Mais, comme les autres personnels prioritaires pour gérer la crise, sans elles, la gestion de la crise sera bien plus délicate.
J’en déduis que la petite enfance est bien plus indispensable qu’on ne le dit, qu’au-delà des personnels prioritaires, si on peut permettre aux salariés non prioritaires d’avoir aussi une activité professionnelle (en télétravail ou non), cela serait pas mal non plus. Par exemple, je lisais hier que le Crédit Mutuel était loin d’avoir mis son personnel en télétravail (pas prêt au niveau technique) dans son siège à Strasbourg et dans ces agences.
Petit rappel chiffré :
Les AssMAt en 2017 : 951 700 places potentielles selon leur agrément
les EAJE en 2017 ; 448 800 places théoriques
Source : Rapport ONAPE 2019

On comprend mieux tout à coup pourquoi les assistantes maternelles ne doivent pas arrêter d’accueillir. Mme Dubos, secrétaire d’État auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, s’obstine à demander aux professionnels de l’accueil individuel de faire des efforts incompréhensibles :

  • Accueillir jusqu’à 6 enfants de moins de 3 ans, avec un seuil maximum de 10 enfants avec leurs enfants
  • Les parents en télétravail ont toujours la possibilité de confier les enfants
  • Elle maintient ces directives malgré les indications dans certains départements (par les conseils départementaux et/ou les CAF) de mesures plus…mesurées.
  • Par contre, les MAM doivent fermer dès lors que leur agrément est pour plus de 10 enfants même si avec le confinement, elles ont souvent moins de 10 enfants…
  • Tout cela, sans avoir pu correctement rassurer les professionnels sur les modalités d’indemnisation par du chômage partiel

Tout cela laisse à penser que le gouvernement assume en effet l’arrêt de l’économie en annonçant déjà 45 milliards d’euros d’aide mais s’il pouvait un peu l’atténuer, cela serait mieux. Et puis, il faut du monde non prioritaire pour toutes les décisions prises : services fiscaux, banques, les routiers, les livreurs, les commerces de l’alimentation et j’en passe…

Le président Macron a parlé le jeudi 12 mars de ruptures, de plan de relance, d’Etat Providence… Il faut rappeler que la France a permis au secteur petite enfance d’entrer dans le secteur marchand grâce à la directive Bolkenstein. Ce contexte montre bien que l’accueil de la petite enfance est un service public et non un secteur marchand.
« Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties ». (extrait de l’allocution du président Macron du 12 mars 2020)

Ce qui est sûr, c’est que la Petite Enfance n’est pas si petite que ça en cas de crise… Elle fait partie des failles qui se révèlent et qui auront besoin d’une nouvelle vision #servicepublicdelapetiteenfance #quoiquilencoute

Crédit photo : Pixabay

Cyrille Godfroy

Éducateur de Jeunes Enfants, Coordinateur Petite Enfance d'une collectivité

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